Je ne veux pas vivre sur Mars

Vivre sur cette planète serait vraiment trop angoissant. Si j’habitais sur Mars, tout ce qui me permettrait de survivre ce serait une mégastructure hypertechnologique qui me fournirait à la fois l’air, la chaleur, l’eau et la nourriture. Un bogue informatique, une erreur d’inattention, un bris matériel seraient comme un aller simple vers la mort. Sur Mars, la vie ne tient qu’à un fil électrique.

Puis, que dire de l’ambiance? Il y a certainement quelque chose d’enchanteur à pouvoir observer à travers la visière de son costume d’astronaute la beauté époustouflante de la planète rouge. Mais ça a ses limites. Les yeux sont certainement contentés. Peut-être les oreilles également par le filtre des récepteurs dans le casque. À part ça, nous ne pouvons pas vivre l’expérience de la toucher, la sentir, la goûter, à moins d’amener des échantillons dans notre base martienne. D’ailleurs, je ne pense pas que Mars opérera une révolution durable dans le domaine de la gastronomie. Mais bon, qu’est-ce que j’en sais? Moi, je mange mes poivrons comme des pommes.

Donc, sauf si vous êtes un aspirant cyberpunk ou un technophile enthousiasmé à l’idée d’habiter dans des cités fermées dignes du film Total Recall, je ne vois pas qui voudrait vivre sur Mars.

À moins que nous n’ayons pas le choix?

Peut-être qu’un jour les vagues de chaleur, les pluies torrentielles, la montée des eaux et autres phénomènes météorologiques extrêmes rendront la Terre tout aussi inhabitable que la planète Mars.

Peut-être que pour survivre, nous serons obligés d’habiter dans des mégastructures hypertechnologiques qui nous fourniront à la fois l’air, la fraîcheur, l’eau et la nourriture. Dans un monde tel que celui-là, les enceintes de ces bases planétaires seront notre dernier rempart face à cette nature devenue invivable. Les places étant limitées, il est fort probable que seuls les privilégiés y auront accès. Quand je regarde mon compte de banque, mes relations ou mes compétences, je me dis que je ne serai probablement pas de ceux-là…

Je vois ça comme l’un des pires scénarios catastrophes que l’on puisse envisager quant à notre avenir. Ça me déprime, ça me dégoute, ça me semble irréel tellement c’est loin de mon réel.

Mais comment distinguer, d’une part, les prévisions qui sont des représentations d’avenir probables et, d’autre part, les prévisions qui ne sont que le reflet de mes perceptions d’éco-anxieux? Il y a tellement d’informations contradictoires, d’avis divergents, allant du plus optimiste au plus pessimiste, que je me sens comme dans un restaurant multiethnique, confronté à un menu hétéroclite, hésitant entre le poulet au beurre et la poutine, pressé de choisir alors que la serveuse ou le serveur appuie le crayon sur son bloc-notes.

Face à un choix aussi trivial, je prendrais sans doute la « spécialité de la maison ».

Mais pour une question aussi cruciale que les changements climatiques, j’ai pris la décision de m’en remettre aux experts. Ici, je parle des scientifiques qui étudient le climat et qui affirment qu’il y aurait un consensus planétaire comme quoi « le réchauffement climatique est réel et qu’il est en grande partie attribuable à l’homme ».

Je ne suis pas scientifique, alors quand je dis que j’ai pris la décision de m’en remettre à eux, il s’agit ni plus ni moins que d’un acte de foi basé sur l’hypothèse que les climatologues sont les experts sur cette question et que leurs conclusions sont les reflets les moins déformés du réel.

Mais une fois que ce consensus est établi, cela ne nous donne pas une vision univoque de l’avenir de notre planète. Au contraire, les conséquences du réchauffement sur notre futur se déclinent en plusieurs scénarios élaborés par ces climatologues. Ces prévisions sont basées sur les données qui nous sont présentement accessibles et concernent un événement qui ne s’est jamais produit. C’est un exercice hautement spéculatif qui nous offre des visions plus ou moins encourageantes selon le cas.

Ce qui m’angoisse et me déprime par-dessus tout, c’est que le scénario optimiste d’il y a 30 ans l’est moins aujourd’hui et le scénario pessimiste d’il y a 30 ans l’est plus aujourd’hui…

Devant ces constats, une partie de moi craint que si nos descendants ont la chance d’être privilégiés, ces derniers vivront dans les mêmes conditions que sur Mars.

Justin Sirois-Marcil

Éco Intervenant chez Lobe Vert