Écothérapie : la thérapie qui commence par « éco »

Écoanxiété, écoémotions, écopsychologie : les mots qui commencent par « éco » se multiplient au même rythme que se propage la conscience de l’urgence climatique et l’écoblanchiment[i] (de l’anglais « greenwashing »).

Le mot éco est originaire du grec ancien οἶκος, soit oikos (oui comme le yogourt) qui signifie « maison ». Ce préfixe indique un rapport avec la maison et « par extension, à tout ce qui touche la gestion d’un ensemble où vivent de nombreuses personnes ou êtres vivants »[ii]. Sur le site wiktionary, on dénote au moins 400 mots avec le préfixe éco.

Tous des mots écolos… sauf l’économie. L’écocapitalisme n’ayant de vert que l’éco.

Enfin, vous n’êtes pas ici pour lire des écoblagues ou des écocalambours, comme diraient nos amis.es français.es.

Qu’est-ce l’écothérapie?

En fait, il n’y a pas une écothérapie, mais bien des écothérapies.

Pourquoi?

Parce qu’elle peut s’appliquer à n’importe quelle approche thérapeutique auquel on ajouterait le préfixe éco.

De mon point de vue, le préfixe est censé indiquer que le thérapeute (indépendamment de son approche) prend en considération l’écologie, l’environnement, la nature, le vivant et fort probablement l’urgence climatique.

Évidemment mon but n’est pas ici de faire le portrait des différentes approches en écothérapie, mais bien de vous présenter la mienne pour que vous ayez une meilleure idée de sa pertinence pour vous.

Mon écothérapie, vous l’avez lu ici, s’appuie sur ma pratique en travail social, mes formations sur la thérapie d’acceptation et d’engagement [ACT] et mes lectures sur la collapsologie, le catastrophisme éclairé, la décroissance, l’écoféminisme, l’écopsychologie, l’écologie politique, la transition, etc.

Pourquoi définir d’abord comme écothérapeute alors que je suis déjà travailleur social?

Ma pratique en travail social offre un cadre légal et déontologique à mon intervention[iii] [iv] [v].

Elle structure l’évaluation de votre « fonctionnement social » et l’élaboration du plan de travail qui nous accompagnera au cours de nos rencontres subséquentes.

L’évaluation du fonctionnement social implique que j’explore d’une part vos besoins, vos aspirations et vos capacités individuelles. D’autre part, elle m’amène à parcourir les attentes, les opportunités, les obstacles et les ressources de votre réseau social, de votre accès aux biens et services, de la juridiction et des normes qui peuvent à la fois être source d’émancipation, tout comme d’oppression (comme c’est le cas lorsque des personnes posent des gestes de désobéissances civiles pour contenir l’extinction et qu’elles se retrouvent judiciarisées).

La profession de travailleuse sociale inscrit la notion de justice sociale au cœur de son action[vi], même si la justice environnementale constitue l’angle mort du service social[vii].

Pourtant, quiconque s’intéresse quelque peu à la question réalise rapidement qu’il y a répartition inégale des conséquences du ravage écologie sur les individus et les collectivités.

De fait, ce sont les femmes (patriarcat), les pauvres (capitalisme), « les autres que blanc » (colonialisme) qui en souffrent le plus[viii].

Ainsi, mon offre de service cherche d’abord à combler une lacune en matière de justice environnementale en offrant du soutien aux personnes qui en sont le plus impactées.

Et quand est-il de l’écopsychologie?

L’écopsychologie n’a pas une visée psychothérapeutique comme les approches psychologiques traditionnelles dont le but est de traiter les Troubles psychopathologiques. Elle a plutôt pour objectif de nous amener à concevoir nos actes non plus comme une somme de gestes individuels indépendants les uns des autres, mais bien comme faisant partie d’un tout et par conséquent réévaluer notre responsabilité face à nous-mêmes, les autres et le vivant[ix].

La pratique d’écopsychologie la plus connue est sans doute le « Travail qui relie » de Joanna Macy et auquel j’ai été initié au cours d’un MOOC sur l’écologie profonde[x]. Cette courte incursion ne peut à elle seule faire de moi un praticien crédible dans cette approche. Ainsi, malgré sa popularité croissante, elle n’est pas encore intégrée à ma pratique.

Donc, si le propre de l’écopsychologie est de faire le pont entre l’écologie et une psychologie qui n’a pas pour but de traiter les Troubles de santé mentale, j’aurais très bien pu m’improviser écopsychologue, car l’écothérapie que je vous propose concorde avec cette vision.

Mais au Québec la Loi définit ce qu’est la « psychologie » et la « psychothérapie » et en réserve le titre et l’exercice aux « psychologues », et « psychothérapeutes » reconnus par l’Ordre des psychologues du Québec.

Donc, même si l’écopsychologie n’a pas de visée psychothérapeutique, quiconque n’est pas familier au jargon des ordres professionnels pourrait se sentir confus et avoir des attentes erronées en venant chercher les services d’écopsychologues.

En ce sens, l’écothérapie porte moins à confusion, car le terme « thérapie » concerne des approches aussi variées que l’art thérapie, l’hypnothérapie ou la zoothérapie. Ces types d’interventions ne visent pas explicitement le traitement et peuvent être utilisés tout autant dans le cadre d’un processus en psychothérapie que pour de l’accompagnement dans une démarche en relation d’aide[xi].

L’apport de l’ACT à mon écothérapie

Si j’ai préféré le terme écothérapeute à celui de « travailleur social environnemental » par exemple, c’est parce qu’au-delà de ma formation en service social, c’est mon approche en thérapie d’acceptation et d’engagement [ACT] qui teinte la majorité de mes interventions.

L’ACT me fournit les stratégies d’interventions qui vous permettent de faire de vos obstacles intérieurs des leviers pour vous approcher de ce qui compte vraiment pour vous[xii].

J’utilise un outil que l’on pourrait aussi qualifier de « point de vue ». Ça se nomme la Matrice ACT et elle est fort utile dans la majorité de mes interventions.

Cet outil ou point de vue, je l’ai utilisé auprès de ma nombreuse clientèle du programme d’aide aux employés [PAE] et j’ai également formé près de 150 de mes collègues à cette approche.

Cet outil est d’une aide précieuse si vous cherchez à surmonter les obstacles qui vous empêchent de découvrir et agir en cohérence avec la personne que vous voulez être.

Dans un contexte où l’action engagée est l’une des principales stratégies gagnantes pour apprivoiser ses écoémotions, il va de soi que la Matrice ACT serait une corde essentielle à votre arc.

Quand est-il des ouvrages qui soutiennent mon écothérapie?

Si le travail me donne un cadre légal et déontologique à mon approche, l’ACT des stratégies d’intervention, les différents textes touchant le capitalisme fossile, le catastrophisme éclairé, la collapsologie, l’écoféminisme, la résilience, la transition, etc. sont le socle de ma pensée, de ma réflexion et de ma vision du monde. Ces ouvrages structurent et définissent (et redéfinissent) ma posture morale vis-à-vis l’urgence climatique (ou ravage écologique).

Ces concepts se recoupent et se contredisent à la fois. Nous constatons à travers leurs lectures que bien qu’ils partagent une préoccupation commune quant à l’urgence climatique et la nécessité de développer notre résilience, ils ne s’entendent pas nécessairement sur les causes, conséquences et solutions à apporter.

N’étant pas à même de dire qui a raison ou tort, je n’aurais pas la prétention de discréditer certains courants théoriques au profit de d’autres. Ils ont toute leur pertinence et je vous aiderais à vous émanciper à travers chacun de ceux qui vous inspirent afin que vous puissiez correspondre le plus possible à la personne que vous voulez être.

Quels sont les sujets que nous aborderons dans le cadre de mon écothérapie?

Je m’intéresse au rapport que vous entretenez face à vous-même, aux autres, à la société, au vivant et je tiens compte de leurs interrelations dans le contexte bien spécifique de l’urgence climatique.

Face à vous-même

Je vous aide à apprendre à vivre avec vos écoémotions comme le désespoir, la déprime, l’anxiété, la solastalgie[xiii], l’impuissance, la culpabilité, la honte, etc.

J’explore avec vous les incohérences et les contradictions qui vont font souffrir.

Je vous accompagne afin d’apprendre à vivre avec cette impression que les changements sociétaux ne se font pas assez vite.

Je vous accueil dans l’apprivoisement de la nostalgie (solastalgie) d’un présent qui vous semble préférable à votre futur. Également, je vous invite à cultiver l’espoir que nos actions nous permettront de préserver notre avenir.

Je vous supporte dans les différentes étapes écoémotionnelles de ce deuil bien particulier.

Je cultive avec vous le “doute raisonnable”, cet équilibre précaire entre le “relativisme absolu” (qui entrave l’action) et le dogmatisme (qui empêche la remise en question).

Je vous soutien pour que vous persévériez malgré vos obstacles intérieurs et extérieurs.

Face à vos relations

Je vous encourage à persévérer dans vos actions individuelles et collectives, même si certains disent que « vous en faites trop » ou que « vous n’en faites pas assez ».

Je vous aide à composer avec l’indifférence ou les résistances de vos proches.

Je vous encourage à développer votre autodéfense intellectuelle face au dénialisme ou au négationnisme.

J’explore avec vous comment sortir de la solitude ou du sentiment d’être isolé.e parmi vos proches qui ne partagent pas vos convictions.

Face à vos choix de vie

Je vous invite à une réflexion en profondeur de chacune des sphères de votre vie (travail, études, consommation, citoyenneté, vivant, etc.)

Également, je vous aide à trouver votre équilibre entre la satisfaction de certaines de vos envies actuelles et le renoncement à d’autres envies afin d’atténuer les impacts de ces actions sur l’ensemble des humains et non-humains, présents et à venir.

Entre autres, je vous accompagne dans l’exploration de certains de vos questionnements par rapport aux enfants, l’avion, la viande, votre couple.

Face à vos actions

Au-delà des écogestes, je vous aide à trouver votre rôle face à l’urgence climatique, pour que ce ne soit plus seulement une priorité secondaire, mais le cœur de votre vie.

En ce sens, je vous aide également à définir les moyens d’action qui vous permettront de matérialiser ce rôle.

Dans ce contexte, vous pouvez me voir comme un acteur secondaire de votre histoire personnelle qui vous accompagnerait dans la définition de votre mission de vie.

En définitive, pourquoi ai-je choisi l’écothérapie?

Ce fut d’abord une manière de trouver ma place afin de contribuer avec mes capacités à cette grande lutte collective.

Seuls face à l’urgence climatique, nous finissons par abandonner. Je vous aide à persévérer.

Si vous éprouvez une peur paralysante, un désespoir culpabilisant ou une colère impuissante, sachez que je partage vos ressentis et je vous offre une écoute qui vous aidera à faire de vos écoémotions désagréables des leviers vers l’action engagée.

Vous avez bien lu, il est possible de faire de vos écoémotions désagréables des alliées qui vous serviront de guides afin de vous engager durablement à préserver notre planète pour qu’elle demeure habitable.

Ces écoémotions sont cette conscience qui vous rappelle la perspective dramatique qui s’offre à notre espèce et celles qui partagent notre vaisseau terre.

Demeurons conscient et il nous sera possible contribuer à ce que notre planète demeure habitable.

Écoconclusion

Les enjeux entourant l’urgence climatique ne sont pas l’apanage d’une seule discipline.

Je souhaite que l’écothérapie soit un terme fédérateur qui rassemble le plus d’intervenants possible en relation d’aide.

J’aimerais que ces thérapeutes explicitent la nature de leur pratique afin de ne laisser planer aucune ambiguïté quant à leurs services offerts, parce que même si ce n’est pas une pratique encadrée par loi, il importe d’un point vu moral que la protection du public ait préséance.

J’espère que vous serez nombreux à nous consulter pour que nous puissions vous aider à faire de vos difficultés (intérieures et extérieures) des leviers vers l’action engagée.

Finalement, je souhaite que nous surmontions ce que l’astrophysicien, philosophe et poète Aurélien Barrau nomme fort justement : « le plus grand défi de l’histoire de l’humanité »[xiv].

Communiquez avec moi, je vous accompagnerai afin que vos actions soient guidées par ce qui vraiment important pour vous.

Justin S Marcil, t.s., M. Serv. Soc.

Écothérapeute ACT chez Lobe vert


[i] Office Québécoise de la langue française : écoblanchiment [En ligne]

[ii] Wikitonary : éco [En ligne]

[iii] Publication Québec : Code de déontologie des membres de l’Ordre professionnel des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec [En ligne]

[iv] Publication Québec : Règlement sur la tenue des dossiers et des cabinets de consultation des membres de l’Ordre professionnel de travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec [En ligne]

[v] OTSTCFQ : Cadre de référence pour l’évaluation du fonctionnement social [En ligne]

[vi] OTSTCFQ : Qui sommes-nous? – mandat, mission, et valeurs [En ligne]

[vii] Dagenais Lespérance, J. et Mcdonald, S.-A. (2019). La justice environnementale : dans l’angle mort de la formation en travail social. INTERVENTION, (150), 113-119.

[viii] Désobéissance écolo Paris (2020) Écologie sans transition. Divergence.

[ix] Egger, M. M. (2017) Écopsychologie. Jouvence.

[x] La Canopée bleue : MOOC sur l’écologie profonde – opus 1 [En ligne]

[xi] Pour en savoir plus, vous trouverez sur mon site, un guide pour distinguer la psychothérapie des autres pratiques.

[xii] Polk, K., Schoendorff, B., Webster, M., Olaz, F. (2017). Guide de la Matrice ACT. deboeck supérieur.

[xiii] Albretch, G. (2020) Les émotions de la Terre : des nouveaux mots pour un nouveau monde. Les liens qui libèrent.

[xiv] Barrau, A. (2020).  Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité (éd. revue et augmentée). Michel Lafon.